vendredi 9 février 2018

No home - Yaa Gyasi [Ma première pépite de l'année !]





« La famille est comme la forêt : si tu es dehors, elle est dense ; si tu es dedans, tu vois que chaque arbre a sa place » proverbe akan

Titre du livre :
No home
Auteur :
Yaa Gyasi
Editions :
Le livre de poche
Genre :
Roman historique
Date de sortie :
Janvier 2018 (poche)
Pages :
469
Thèmes :
Saga familiale, histoire, destin brisé, racisme, esclavage, déracinement

Résumé éditeur :
Un voyage époustouflant dans trois siècles d’histoire du peuple africain.
Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

Mon avis :

No home est une de mes meilleures lectures de ce mois de janvier 2018. Je ressors de cette lecture totalement conquise par le talent de Yaa Gyasi. Elle fait très fort avec ce premier roman qui raconte le destin brisé de cette famille Ghanéenne que l’on suit au Ghana et en Amérique.

L’auteure nous livre une fresque historique qui s’étend du 18ème au 20ème siècle.
L’histoire débute avec Effia au Ghana sur la côte de l'Or puis on suivra Esi et sa famille en Amérique dans les plantations de canne à sucre, les champs de coton et les mines.
C’est l’histoire de deux lignées familiales aux destins différents, l’une au Ghana, l’autre en Amérique.

L’auteure nous montre les différentes problématiques liées aux peuples Fanti et Ashanti, des tribus ennemies en guerre. Les conflits entre ces deux peuples les ont menés à vendre leurs prisonniers de guerre aux Anglais installés sur la Côte de l’Or et c’est ainsi qu’a commencé le commerce des esclaves.

La narration est déroutante au début car on ne suit jamais le même personnage.
Chaque chapitre est l'histoire d'un personnage de la même famille à travers l'Histoire. Le roman est découpé en deux parties. Entre la fin de la première partie et le début de la seconde on fait un bond de 30 ans en avant.
Au final toutes les histoires mises bout à bout forment un gigantesque arbre généalogique à travers 3 siècles de souffrances ; de guerres, d’esclavages, de racisme.

L’auteure dépeint des morceaux de vies de tous ces exilés, des sans terre, des no home. Elle arrive à nous faire ressentir une palette d’émotions à travers les portraits de ces hommes et femmes « déracinés ». Ils sont animés par une rage de vivre incroyable et un combat pour la liberté. L’auteure arrive à nous émouvoir sans en faire trop dans le détail sordide. On sent la souffrance présente dans chacun des personnages, qu’elle soit extérieure ou intérieure. Sa plume est bouleversante de justesse, de compassion, et porteuse d’espoir.

Avec sa narration et ses personnages, l’auteure nous donne une impression de mouvement vers l’avant. La lecture se fait toute seule, on veut avancer et découvrir le destin de cette famille déchirée par la cruauté des hommes. Elle tisse habilement chaque partie de l’histoire et forme un tout passionnant, une fresque diverse et fascinante.

C’est aussi un beau roman sur la transmission et la recherche des origines.
À travers le temps certaines choses restent et se transmettent ; le collier familial, la peur du feu (provocatrice d’angoisse et de cauchemar).

Yaa Gyasi connait son sujet et on sent qu’elle s’est documentée. Elle nous offre des descriptions courtes et magnifiques, colorées, chaudes, tout en sensations. Elle est dans une recherche d’esthétisme et sa plume m’a complétement transporté. Elle m’a fait découvrir ces tribus africaines, leurs manières de vivre et leur croyance. J’ai adoré voir comment les descendants d’Effia ont vécu dans leur village et fait face aux rumeurs de malédiction dans leur lignée.
 Il y a énormément de détails qui nous ouvre les yeux et qui personnellement m’ont fait connaitre une partie de l’histoire du Ghana.

L’auteure m’a passionné avec chacune de ses histoires mais je crois que l’une de mes histoires préférées est celle de Yaw, ce jeune instituteur au Ghana, défiguré par une cicatrice. Sa conversation avec ses élèves est pertinente. Il essaye de leur faire comprendre que l’Histoire est écrite par les gagnants et il ne faut pas oublier ceux à qui on a pas donné la parole.

En bref j’ai adoré ce roman, Yaa Gyasi nous offre un récit intelligent, bien écrit, passionnant sur la recherche de ses origines. Connaitre son passé pour mieux vivre et préparer l’avenir. Je suis bluffée par son talent. La fin est tellement belle.


Ce que j’ai le plus aimé :
► l’intelligence du récit
► la plume de l’auteure
► les messages sur l’Histoire, le temps, la famille

Ce que j’ai moins aimé :
► je n’ai rien noté qui m’a déplu


 Est-ce que je vous le conseille ?
Oh oui, que vous aimiez les romans historiques ou non, je recommande chaleureusement.
C’est indéniablement une lecture marquante et inoubliable. C’est un petit bijou, une pépite, incroyablement mature et bien écrit par une auteure de 27 ans.


Citations :
« Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse ? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même. » p.69

« Tu n’es pas la première fille de ta mère. Il y en a eu une autre avant toi. Et dans mon village il y a un dicton sur les sœurs séparées. Elles sont comme une femme et son reflet, condamnées à rester sur les rives opposées de l’étang. » p.71

« Il ne doit pas y avoir de place pour le regret dans ta vie. Si au moment de faire quelque chose, tout te parait clair, si tu es certaine, alors pourquoi regretter plus tard ? » p.234

« C’est le problème de l’histoire. Nous ne pouvons pas connaitre ce que nous n’avons ni vu, ni entendu, ni expérimenté par nous-même. Nous sommes obligés de nous en remettre à la parole des autres. » p.357

« Nous croyons celui qui a le pouvoir. C’est à lui qu’incombe d’écrire l’histoire. Ainsi quand vous étudiez l’histoire vous devez toujours vous demander : quel est celui dont je ne connais pas l’histoire ? Quelle voix n’a pas pu s’exprimer ? » p.357

« Yaw n’était pas certain d’avoir foi dans le pardon. […] Il en avait conclu que c’était un mot que les Blancs avaient apporté avec eux à leur arrivé en Afrique. Une ruse des chrétiens dont ils parlaient haut et fort et librement au peuple de la Côte de l’Or […] tout en commettant leurs méfaits. » p.374

« le mal attire le mal. Il grandit. Il se transforme et parfois tu ne vois pas que le mal dans le monde a débuté par le mal dans ton propre foyer. » p.380

« En Amérique, le pire qui pouvait vous arriver était d’être noir. Pire que mort, vous étiez un mort qui marche. » p.408


En quelques mots :

Un roman sublime et passionnant, lu en 2 jours. Chaque personnage est intéressant et apporte sa pierre à l’édifice dans cette longue épopée historique. Une construction intelligente, une plume très belle, définitivement une auteure à suivre.
  

Ma note : 5/5

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